Elle dénonce sur internet un élevage canin et finit au tribunal pour diffamation
- Pauline Quintanilha
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Par Clémentine RIVIERE - Dépêche Midi (Ariège) - 15.04.2026
Tout commence par dix heures de route et l’espoir d’un chiot en bonne santé. Cela se termine devant le tribunal, autour de quelques lignes publiées sur internet. À Foix, une éducatrice de 26 ans comparaissait pour diffamation après avoir qualifié un élevage de rottweilers de "malhonnête".
"Passez votre chemin si vous ne voulez pas perdre votre argent et enrichir des gens malhonnêtes sur le dos de leurs animaux." Longs cheveux blonds plaqués dans le dos, Mathilde*, 26 ans, ne conteste rien. Oui, c’est bien elle qui a rédigé ce long message, dans lequel le mot 'malhonnête' revient à plusieurs reprises, publié parmi les avis Google d’un élevage de rottweilers à Roquefixade (Ariège). Elle l’a également relayé, le 30 avril 2024, sur sa page Facebook publique.
En cette fin mars 2026, devant le tribunal judiciaire de Foix, la jeune femme comparaît pour diffamation. Éducatrice auprès d’enfants placés par décision de justice, elle entend se défendre. À la présidente, qui s’étonne de ces pratiques numériques — "Vous trouvez que c’est justifié de jeter quelqu’un en pâture sur internet ?" — Mathilde répond sans détour. Elle déroule le fil des événements.
"Un risque de crise cardiaque"
Elle raconte d’abord l’espoir : celui de trouver un élevage familial, sérieux. Dix heures de route, depuis la Belgique jusqu’en Ariège, pour venir chercher le chiot. En chemin, elle s’assure auprès de l’éleveuse que la visite chez le vétérinaire s’est bien passée. "Oui", lui répond-on. Sur place, pourtant, première déconvenue. "Au moment de remplir les documents, on m’annonce qu’il a un souffle juvénile comme pour les enfants qui partira à l’âge adulte." Le certificat médical mentionne bien "un souffle systolique de deux sur six". Mathilde repart malgré tout avec l’animal.
Un mois plus tard, chez son propre vétérinaire, la surprise est plus lourde. Le souffle est plus marqué. Un cardiologue est consulté. Le diagnostic tombe : une sténose aortique, nécessitant un suivi régulier et, possiblement, un traitement. "Avec un risque de crise cardiaque", précise-t-elle à la barre. Mathilde en informe l’éleveuse. Celle-ci propose de reprendre le chien et de rembourser l’achat. Refus net. En deux mois, la jeune femme s’est attachée. Ce qu’elle attendait, dit-elle, c’était une prise en charge des frais vétérinaires.
Des messages "haineux"
La présidente nuance : "Vous qualifiez l’élevage de malhonnête, mais l’éleveuse s’est appuyée sur un document vétérinaire. Elle fait aussi avec les limites de ses connaissances." Du côté de la partie civile, représentée par Me Parant, les mots sont durs. Les messages sont qualifiés de "haineux", "portant atteinte à l’honneur et à la réputation" de sa cliente qui lançait alors sa première portée. Depuis, poursuit l’avocate, la jeune femme aurait perdu confiance, pris du poids et ne serait pas parvenue à vendre, selon ses estimations, entre huit et douze chiots. Le commentaire, lui, est toujours en ligne.
Pour Me Parant, la démarche dépasse largement le simple avis : "{Mathilde} va rentrer en contact avec les propriétaires des frères du chiot, elle va les appeler, retrouver leur adresse, semer la zizanie. […] Elle va dissuader de faire affaire et faire perdre des clients potentiels." La partie civile demande ainsi le retrait des publications, sous astreinte de 50 euros par jour, ainsi que 3 000 euros au titre du préjudice moral.
"Ici, on ne lui a pas dit la vérité"
En défense, Me Quintanilha s’insurge contre cette image. "Elle ne tague pas l’élevage, ce qui limite la diffusion, et elle fait une chronologie très fidèle des faits, comme elle l’a fait à la barre. Ce qu’on lui reproche, c’est d’utiliser à trois reprises le mot “malhonnête”." La robe noire interroge à son tour la logique de la partie adverse : "Pourquoi vouloir le retour d’un chien que l’on sait invendable ? La véritable réponse, c’est qu’on veut le reproposer à la vente. La malhonnêteté, c’est quand on ne dit pas la vérité. Et ici, on ne lui a pas dit la vérité."
Documents en main, Me Quintanilha développe son argumentation. "Quand elle pose la question à l’éleveuse si tout va bien, on lui répond : “oui aucun problème”, on ne dit pas que le chien souffre d’un souffle systolique. Or, après examens complémentaires, on n’est pas face à un simple souffle. Il y a une légère différence entre un souffle bénin et une sténose qui peut s’avérer plus dangereuse et conclure à des risques de mort subite… C’est ce que va expliquer ma cliente sur son mur Facebook et avis Google. Elle est de bonne foi." L’avocate plaide donc la relaxe, rappelant que l’éleveuse n’a jamais sollicité le retrait des messages.
Estimant que cette démarche était en effet relativement simple, le tribunal condamne Mathilde à 200 euros d’amende avec sursis et à verser 300 euros de dommages et intérêts.
*Le prénom a été modifié



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