"Il lui tenait la tête, elle était tétanisée" : un aide-soignant condamné à six ans de prison pour le viol de deux lycéennes
- Pauline Quintanilha
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Au terme de deux jours de procès, la cour criminelle départementale de l’Ariège a condamné un aide-soignant de 26 ans à six ans de réclusion criminelle pour deux viols commis sur des adolescentes à l’été 2020.
"Elle a essayé de toucher la tête d’une des filles qui dormaient, mais personne ne s’est réveillé." Pour Me Rueda, l’avocate de Jade*, âgée de 16 ans au moment des faits, l’adolescente n’a pas été en mesure de s’opposer. "Il lui tenait la tête. Elle était tétanisée", insiste-t-elle devant la cour criminelle départementale de l’Ariège, ce mercredi 20 mai 2026.
Ce soir-là, à l’été 2020, la jeune fille se trouve à Lézat-sur-Lèze, alcoolisée et sous l’emprise de stupéfiants. Elle accuse Benoît, alors âgé de 20 ans et déjà aide-soignant, de l’avoir violée. "Il le sait, il est précoce, c’est lui-même qui le dit. Et il éjacule dans sa bouche alors qu’elle lui avait expressément dit qu’elle ne le voulait pas. Déjà là, il y a un problème de consentement", plaide Me Rueda.
"Ce "non", dans la poursuite de l’acte, il a le droit d’exister"
L’avocate refuse également de minimiser l’écart d’âge entre l’accusé et les deux adolescentes. Lui travaille, elles vont au lycée. Comment un homme de 20 ans s’intègre-t-il dans un groupe composé uniquement de mineures ? interroge-t-elle. Sa consœur, Me Quintanilha, qui défend Emeline*, 17 ans au moment des faits, poursuit dans la même direction. "Pour dire non, il y a parfois les gestes, les hurlements silencieux. Mais ce soir-là, le non était limpide. Peu importe ce qu’il y a eu avant : le cinéma, les préliminaires… Ce "non", dans la poursuite de l’acte, il a le droit d’exister."
Les deux avocates rappellent aussi la fragilité psychologique de leurs clientes, marquées, comme l’indiquait la veille, à la barre, la psychologue, par "des carences affectives". Pour Me Quintanilha, Benoît fonctionne selon "une méthode de l’opportunisme". Puis elle lâche : "En langage moderne, certains diraient que c’est un forceur."
"Ce qu’on voit dans ce dossier, c’est un mode opératoire"
L’avocate générale reprend : "Ce qu’on voit dans ce dossier, c’est un mode opératoire. Un homme qui sait où aller, quand aller, avec des victimes présentant des fragilités semblables et appartenant au même groupe." Pour elle, il ne fait aucun doute : "Ce que dénonce {Jade}, c’est un viol. Ce que dénonce {Emeline}, c’est un viol"
La magistrate estime que l’accusé ne pouvait ignorer l’absence de consentement des deux jeunes femmes. Les expertises psychologiques, rappelle-t-elle, ne relèvent "aucune affabulation" et décrivent des symptômes fréquents chez les victimes de violences sexuelles : perte de poids, chute de cheveux, stress post-traumatique, idées suicidaires, difficultés dans l’intimité.
Face à cela, poursuit-elle, l’accusé invoque "un complot" : l’une aurait menti pour ne pas perdre son compagnon de l’époque ; l’autre aurait voulu se venger d’une infidélité. Des versions soutenues par le mis en cause qui, souligne l’avocate générale, ont fluctué au fil de l’enquête et du procès. Alors elle conclut, ferme : "Non, il n’y a ni complot ni cabale." Et requiert dix années de réclusion criminelle.
"Non, pas sans préservatif, ce n’est pas non"
Dans la salle du tribunal, Benoît apparaît seul face au groupe d’amies venu soutenir les plaignantes. Son avocate, Me Andrieu, s’interroge pourtant : "Tout le monde dit que c’est un gros dragueur, mais il était toujours invité dans les soirées." Pour la défense, le doute persiste. Jade n’aurait pas clairement exprimé son refus. Quant à Emeline, "elle se met à califourchon sur lui alors qu’il est en érection". Puis l’avocate ajoute : "Quand elle lui dit : "Non, pas sans préservatif", ce n’est pas non."
L’écart d’âge invoqué par les parties civiles ? Me Andrieu le relativise aussitôt : "Entre 17 et 25 ans, d’accord. Mais pas entre 17 et 20." Avec Emeline, poursuit-elle, "ils dorment ensemble, se réveillent ensemble, elle lui fait un câlin, ils passent une partie de la journée côte à côte". La question du consentement est bien "au cœur du dossier", reconnaît l’avocate, "encore faut-il que le refus ait été clairement perçu par l’autre". Avant d’ajouter : "On ne peut pas regretter le lendemain et affirmer qu’il n’y avait pas eu de consentement clair la veille." Pour la défense, ce doute doit bénéficier à l’accusé.
Après plusieurs heures de délibéré, la cour reconnaît l’aide-soignant coupable des deux viols. Il est condamné à six ans de réclusion criminelle avec mandat de dépôt. La cour prononce également une interdiction d’entrer en contact avec les victimes et de paraître à leur domicile, ainsi que son inscription au Fijais. Pendant que la présidente énumère les peines complémentaires, l’accusé rejoint sa place au premier rang pour retirer ses bijoux puis avale une barre de chocolat, dans un geste qui ressemble à une ultime provocation.
* Les prénoms ont été modifiés.
Clémentine Rivière – La Dépêche du Midi
Publié le 21/05/2026



Commentaires