top of page
Rechercher

L'enfant de quatre ans révèle à ses parents l'agression sexuelle commise par un membre de sa famille, l'homme prévenu relaxé au "bénéfice du doute"

Photo du rédacteur: Pauline Quintanilha
Pauline Quintanilha
il y a 5 heures
4 min de lecture

Le tribunal de Foix a décortiqué une affaire sordide, mais également opaque, mardi 29 septembre 2026. Le 5 octobre 2024, une fille âgée de quatre ans subit un attouchement sexuel dans une maison de la famille proche de ses parents. À la barre, l'oncle du père de la victime comparaît, car l'enfant a donné aux enquêteurs le nom d'Achraf, mais la reconstitution du récit se heurte à des incertitudes trop grandes.


Dans la salle Fébus du tribunal de Foix, l’atmosphère s’alourdit d’un coup. D’une affaire de travail dissimulé, les juges s’apprêtent maintenant à ouvrir le récit d’"un crime sexuel", comme le qualifiera la défense du prévenu. Le centre de l’attention s’appelle Mila*. Cette enfant âgée de 4 ans, fille d’un couple aujourd’hui séparé, un jour, a décidé de tout raconter à ses parents. Le 5 octobre 2024, elle est victime d’un attouchement sexuel, chez sa grand-mère. À sa mère, le 28 janvier 2025, Mila se plaint d’une douleur à son sexe. Lorsque Clara, la mère, regarde la zone pointée par sa fille, elle voit une zone rougie. Puis les mots sortent de la bouche de Mila.

"Il m’a rentré un doigt dans la nénette et voulait que je lui touche le zizi." Le "il", devant la barre du tribunal, c’est Achraf. Mais dans les faits, la détermination de l’identité de l’auteur s’avère difficile.


Deux noms, un auteur


Lorsque la fille lâche un prénom pour la première fois, elle ne parle pas d’Achraf, mais d’un "Amir", qui serait vraisemblablement "Amine", un autre membre de la famille qui habite le domicile de la grand-mère. "Elle ne sait pas dire son prénom", explique le père de Mila, Ali. Sauf qu’Amine n’est pas entendu une seule fois par les enquêteurs. Car un peu plus tard, quand viennent notamment les rencontres avec les experts judiciaires, la victime change de prénom : "c’est Achraf".

La parole de l’enfant, claire et constante sur la nature des faits, paraît alors fragile pour identifier le coupable. Clara apporte tout de même des éléments qui vont dans le sens du revirement de sa fille. "Elle a dit qu’elle regrettait de n’être pas passée par le balcon qu’il y avait dans la chambre. J’ai demandé à des membres de la famille, la seule chambre qui a un balcon, c’est celle d’Achraf", présente au tribunal la mère.


"Je ne m'intéresse pas à la gamine"


Avant les parents, Achraf se lève. Cheveux grisonnants, âgé d'une cinquantaine d'années, sous tutelle, l'oncle d'Ali est handicapé depuis un accident et des chocs répétés à la tête. Dans son audience, tout comme dans les expertises réalisées dans le cadre de l'enquête, il se présente comme un homme solitaire, et notamment totalement indifférent des enfants.

"Je ne m'intéresse pas à la gamine, les enfants ne m'intéressent pas", explique-t-il. Et ce jour d'octobre 2024, il le martèle : "je n'ai rien fait". Lorsque le président de séance, Stéphane Bourdeau, l'interroge sur la raison qui aurait poussé l'enfant à mentir, il invoque l'intervention "d'un sorcier qui lui dirait des choses". Au-delà de cette explication pour le moins intrigante, le doute commence à s'installer lorsque la défense du prévenu, assurée par Me Quintanilha, met en avant les incohérences du récit de Mila. 


"Cette petite fait la distinction entre le bien et le mal"


"L’enfant n’évoque pas Achraf d’abord, mais bien Amine. Elle parle aussi de cheveux noirs", rappelle l’avocate, en retraçant les déclarations de l’enfant. La couleur des cheveux devient un élément important dans l’affaire. Achraf a les cheveux grisonnants. Amine, lui, est de quelques années plus jeune que l’autre membre de la famille, et ses cheveux ne grisonnent pas encore. Me Quintanilha demande alors la relaxe au "bénéfice du doute".

Du côté de la victime, Me Pontacq souligne tous les détails du récit de Mila, et la compréhension de la situation de cette fille âgée de seulement quatre ans. "Cette petite fait la distinction entre le bien et le mal, nous sommes là grâce au courage de cette fille", appuie le conseil. Le ministère public va dans le même sens, "convaincu" de la culpabilité d’Achraf. "Évidemment qu’à cet âge-là on n’invente pas des faits."


Le "bénéfice du doute" l'emporte


Clairement, il s’agit de l’affaire la plus sensible sur laquelle le tribunal doit délibérer mardi 29 septembre 2026. Déceler les faits dans la parole d’une enfant, mesurer la certitude du récit, nuancer les éléments apportés par "des intermédiaires"… En finalité, attribuer les faits sordides subis par la petite fille s’avère aux yeux des magistrats comme impossible. Ils regrettent qu’Amine n’ait pas été entendu. "Trop de doutes. Le tribunal vous attribue le bénéfice du doute, vous êtes relaxé", annonce le président à Achraf.

À la sortie de la salle Fébus, l’absence de justice pour Mila fait couler les larmes sur les joues de la mère. Sur les autres visages, la gêne se lit également. Personne ne doute des faits, mais aujourd’hui encore, le coupable n’est ni connu, ni condamné.


*Les prénoms des membres de la famille ont été modifiés.


Publié le 04/10/2026 à 06:31

Article rédigé par Enzo Legros - La Dépêche du Midi

 
 
 

Commentaires


bottom of page